LE REFUGE




La levanna
Coups d’œil réguliers sur la Levanna. Aujourd’hui, elle seule existe. Combien de fois l’ai-je rencontrée dans les livres de montagne: combien de fois me suis-je dit que je la gravirai un jour, privilégiant en attendant des sommets moins courus, moins élevés, sans doute moins flatteurs. Mes pas m’ont toujours tenu éloigné des classiques. Depuis quelque temps cependant, j’ai découvert la Haute-Maurienne sauvage. Et je me suis mis à tourner autour de la Levanna, tout en négligeant encore et encore son ascension. Et puis cette année, elle est devenue subitement le but essentiel d’une saison de randonnée contrariée par un ménisque convalescent. Mon genou, s’il est plus vaillant depuis quelques semaines, ne me laisse pas encore totalement en paix. Depuis un mois pourtant, je lui concocte une progression rigoureuse. Ensemble, nous apprenons tout à coup la patience. Pour un peu nous flirterions avec la sagesse. En ce moment, par exemple, tandis que nous montons, Djeam et moi, vers le refuge du Carro, je me concentre sur chacun de mes pas, veillant à poser mon pied bien à plat dans les aspérités du sentier. Petite pause et on repart. Coup d’œil vers l’Ouille des Pariotes gravie deux semaines auparavant après une longue progression sur un terrain instable: blocs rocheux en équilibre précaire et éboulis fuyants. Ascension impitoyable mais sans séquelle pour l’articulation si souvent capricieuse. Ce qui m’a décidé pour ce week-end annoncé comme une parenthèse radieuse dans un défilé de perturbations. Pourvu que le grand beau se maintienne jusqu’à demain.

Refuge du Carro, 15 heures. Grand soleil. La terrasse inondée de lumière, balayée par un vent frais. A l’intérieur, le gardien s’affaire en cuisine. Seul pour accueillir une soixantaine de clients ce soir. Pas très bavard. De temps en temps, il vient fumer sa clope, s’assied sur le rebord de la fenêtre. Moi, je sirote une bière en grignotant quelques biscuits. On échange quelques mots. Il nous mettra dans une chambre avec un couple qui fait lui aussi la Levanna.
- Et les autres, qu’est-ce qu’ils font?
Derrière les lunettes noires:
- C’est tous des promeneurs…
- Je parie qu’ils font le sentier balcon.
- C’est ça. Souvent en circuit.

Un couple est monté avec trois enfants. Les parents se sont arrêtés régulièrement en leur montrant des fleurs, les montagnes, l’eau du torrent qu’enjambe plus bas un joli pont en pierre, les vaches dans l’alpage du Montet. Ils sont heureux. Maintenant, ils jouent sur un rocher, la montagne pénètre en eux par tous leurs pores.
Un autre couple part se balader vers les lacs en attendant l’heure du repas. D’autres se sont déjà installés dans les chambres. Peu à peu, la carcasse en pierres du refuge, pareil à un grand hôtel oublié dans un désert rocheux, s’anime. Déambulation dans les couloirs et les chambres, passage obligé au local à chaussures où pendent déjà bâtons et piolets, courses aux toilettes et aux douches.

Deux hommes s’installent sur une table à nos côtés. Le premier ouvre un gros livre broché et se concentre sur des photos de fleurs. Il se tourne vers son ami et commente les découvertes qu’ils ont faites au cours de leur montée au refuge. Tous deux se lancent dans une discussion enthousiaste. Le soleil, complice, allume des feux follets dans leurs lunettes noires. Vincent est professeur de SVT; il a passé avec succès les épreuves pratiques pour l’obtention du brevet d’accompagnateur en moyenne montagne. Arnaud est médecin. Une complémentarité pour le moins rassurante dans leurs randonnées. Demain, ils monteront au col du Carro.

Un groupe de cinq jeunes gens bavarde à l’autre bout de la terrasse. J’apprends par l’un d’eux, sans doute l’initiateur du projet, leur intention de faire l’ascension de la Levanna. Ce matin, ils étaient encore à Paris. Ils ont rejoint un copain à Lyon qui les a véhiculés jusqu’à l’Ecot. Ce sont eux qui nous ont dépassés tout à l’heure d’un pas alerte, silencieux et farouchement déterminés. Demain, ils seront donc à près de 3600 mètres sur la frontière franco-italienne et le temps de prendre quelques photos puis de mordre dans un casse-croûte, ils redescendront au village, fileront vers Lyon pour se retrouver le soir-même dans le métro parisien.
Je demande, quelque peu surpris de n’avoir vu aucun piolet sur leurs sacs:
- Qu’est-ce que vous avez comme équipement?
- Rien de spécial. On verra bien si ça passe ou pas et on avisera.
- Vous avez des bâtons?
Il lâche avec un sourire navré:
- Une paire pour cinq.

Je vais faire un tour vers les lacs, histoire de prendre quelques photos du soir qui s’installe dans le cirque des Aiguilles Rousses et de repérer le sentier du lendemain. Je considère les frimousses des linaigrettes qui prennent leur bain sous les parois immenses de la Grande Aiguille. Blancheur soyeuse et les frémissements de l’eau entre les pierres.

Au refuge, Cyril semble plus détendu. Il fume comme d’habitude sa clope tout en bavardant, installé comme d’habitude, dans l’encadrement de la fenêtre. Bientôt, il nous invite tous à passer à table et, tout en nous annonçant, avec un sourire malicieux et selon la formule consacrée, que la météo prévoit pour demain « une tempête de ciel bleu », il nous souhaite un bon appétit. Grands remerciements de la salle et aussitôt,les mandibules s’activent. Le service de notre gardien est admirable d’efficacité, sa cuisine généreuse et délicieuse. Au menu: soupe aux légumes, plat de crudités, diots accompagnés de la traditionnelle polenta, tomme, tarte aux myrtilles. Et, pour ne pas déroger au rituel, il nous sert pour finir une rasade de génépi dans nos verres qui se penchent, ravis. Dans la pièce hors-sac d’à côté s’affaire le couple qui partage notre chambre. Deux jeunes bien sympathiques qui n’ont malheureusement pas eu d’autre choix que de monter leur repas puisqu’ils ont téléphoné trop tard pour réserver. D’ailleurs, les tables sont pleines. Du coup, je m’attendais à une salle bruyante: des enfants excités, des adultes braillards, des plaisanteries qui fusent de tous côtés, des éclats de rire à n’en plus finir, des fous rires déchaînés, une explosion de liberté qui envoie balader toute règle de bienséance. Au lieu de cela, une convivialité chaleureuse, une ambiance amicale et le plaisir de partager ensemble un moment magique dans l’intimité d’un refuge. Je prends, sur la demande d’une dame, la tablée voisine en photos. On me tend un second appareil. Puis un autre. On regarde les portraits du groupe, on commente, on s’esclaffe. Puis j’accompagne une randonneuse sur la terrasse, attiré comme elle par les couleurs du couchant. Et nous voici à mitrailler les cimes drapées de soies orange, puis roses. Mais déjà, les brouillards amassés au ras de la terrasse rejoignent les nuages qui s’affolent sur les crêtes. Bientôt réduite à la dimension d’un cadre doré, la Levanna trône un instant dans le ciel comme le portrait mystérieux d’une dame sur un mur ancien. Puis disparaît.

Nous avons tout de suite sympathisé avec notre tablée, une famille originaire d’Aime dont la fille, assistante sociale, vit à Albertville. En face d’elle, sa tante, je crois. A mes côtés, une belle-soeur. Discussion animée. Vincent et Arnaud, le prof et le médecin, se sont approchés de notre table en souriant. Audrey, l’assistante sociale, les avait reconnus.
- Une sacrée coïncidence, nous explique-t-elle, en riant. Ce sont mes voisins d’immeuble! On se connaît seulement de vue.
Tout le monde partage leur surprise.
- Il faut venir en refuge pour se rencontrer, commente Vincent.
Nouvelle conversation tandis que je termine mon génépi. Coup d’œil complice au père d’Audrey qui se tient calé à l’autre bout de la table, dans l’angle de la pièce, et partage avec moi le délicat plaisir d’être au milieu d’un cercle de dames. Je lui fais entendre en même temps que la goutte de génépi était un vrai bonheur. Il regarde alors son épouse et lui dis d’un air entendu:
- Allez, va chercher la bouteille dans le sac.
Elle revient bientôt avec une fiole, la tend à son mari qui s’empresse d’offrir sa tournée, sûr d’avance de son effet. On s’extasie. Il se rengorge, modeste mais fier quand même.
- Ca, c’est du fait maison, du vrai de vrai.
Commentaires explicatifs de sa femme. Un parfum de terroir parcourt l’assemblée, la montagne semble pénétrer d’un seul coup dans le refuge en froissant ses jupes.
- Allez une petite goutte.
Impossible de refuser. Subtiles convulsions de la liqueur au fond du verre. Les autres ont renoncé. Le père d’Audrey lève son verre en me regardant avec un sourire et un clin d’œil amicaux. Pas de doute, le génépi, ça rapproche. Il ne dit pas grand chose, mais son visage rond et rougeaud, tout en trahissant la vie exposée au grand air, respire une bonhomie authentique.Et puis de toutes façons, il faut finir le flacon. Une dernière rasade, donc. Tandis que la conversation roule d’elle-même, enchaînée à la nuit qui est tombée d’un seul coup. Aucune étoile au ciel. Seule, la ruade des nuages qui encerclent la bâtisse.
Je finis par demander à mon nouvel ami:
- Ca ne vous fait rien si je ne termine pas mon génépi.
J’ajoute aussitôt:
- Je le garde dans mon verre pour demain et quand je serai de retour, je serai bien content de fêter mon ascension par une dernière lampée.
Il me donne le flacon vide:
- Mettez-le dedans. Vissez la capsule. Ca ira mieux comme ça.
- Alors, je vais le monter au sommet. Et la fête, ce sera pour là-haut!
Il sourit, satisfait.
Il ne reste plus que nous dans la salle. Cyril prépare déjà le petit déjeuner. Nous nous levons, nous nous serrons tous la main. Je remercie une nouvelle fois l‘homme au génépi. Et nous montons nous coucher, laissant encore un moment la tablée profiter de l’ambiance feutrée des lieux.

Le refuge dort. Silence écrasant. Je tâche de lire l’heure à ma montre. Minuit à peine. Je ne dors toujours pas. Djeam, au-dessus de moi, a déjà sombré dans sa nuit. A côté, même lit à étage. Et le couple endormi. De temps en temps, une respiration un peu plus bruyante rythme le sommeil. En face de moi, un carré de lumière gris bleu. La fenêtre donne sur la vallée. Sans doute masquée par le brouillard. J’allume ma frontale et me glisse dans le couloir jusqu’aux toilettes en tâchant de ne heurter ni faire grincer les portes. Au retour, je m’engouffre sous la couette comme un voleur. Je verrouille mes paupières pour forcer le sommeil. Rien à faire. Je crée une diversion en me remémorant l’itinéraire de demain. Non: de tout à l’heure. Je compte les pierres. J’invente des chamois, je les compte, je me retourne: 1 heure à ma montre. Désespérant. Est-ce que j’ai somnolé? Oublier un instant que j’existe. Je me lève de nouveau. Aucun bruit dans la bâtisse. 3 heures. Des nuages mais un morceau de ciel étoilé. Nuit interminable, mais du temps s’est écoulé. Je guette maintenant le moindre écho venant de la cuisine où le gardien va finir par s’activer. La lumière du carreau reste indécise. Djeam chuchote deux trois mots, je murmure que tout va bien. Et puis, la délivrance: quelque chose a craqué dans le refuge, trois fois rien, mais mes sens en éveil ont détecté les prémices du réveil. Comme un naufragé qui retrouve la terre, j’ouvre grand les yeux. 5 heures 30. Puis 6 heures. Cette fois, je me lève. Je pénètre dans la cuisine et lance le bonjour de quelqu’un qui a bien profité de sa nuit. Pas de réponse: le gardien s’active. Pas d’humeur à causer. Les yeux explosés s’emparent de la cafetière. Gestes mécaniques sur les tartines. Le chef de file des Parisiens débarque. Les autres doivent encore s’étirer. En sortant, je croise nos co-locataires. Peu de temps après, je les retouve dans le local. Nous sommes prêts ensemble. Du coup, je leur emboîte le pas. Pour aussitôt les remettre sur la voie: Elisabeth partait vers le col du Carro.

Les nuages ont disparu, mes douleurs aux cervicales également. A chaque fois, c’est la même chose: au bout de quelques minutes, je retrouve toute mon énergie. Oubliée l’insomnie. Mon corps se remet en route, pareil à un moteur bien rôdé, auquel on ne demande pas s’il a passé une bonne nuit ou pas. Le lac, le plateau, le ravin, les dalles et, tout au fond, le bec de la Levanna qui attend. Premier rayon de soleil sur l’Aiguille Rousse. L’azur comme un drap fraîchement lessivé. Des pics partout et les premiers glaciers. Devant nous, le col des Pariotes. Quelques névés traînent dans l’escarpement qui le domine. Je propose à mes compagnons de grimper tout droit vers la crête. Eboulis pentus, rochers bancals, on finit par sortir de l’ombre pour nous hisser sur le fil de l’arête ensoleillée. Imperceptiblement, le soleil redouble notre excitation. Quelques pas d’escalade facile et nous dominons bientôt le petit glacier de Derrière les Lacs. Longue ascension dans les roches entassées pêle-mêle dans la pente et nous atteignons l’arête sommitale. Antoine et sa compagne étudient le tronçon déchiqueté qui mène à l’Aiguille Percée. L’escalade semble délicate. Ils envisageaient de redescendre par là, mais le rocher est inégal par endroit. La corde ne suffira peut-être pas. Ils auraient dû prendre friends et coinceurs. Tandis qu’ils réfléchissent, je poursuis vers le sommet tout en redoublant d’attention: sous mes pieds, des à-pics impressionnants plongent sur des glaciers crevassés. Au pied des murailles, la rimaye ouverte comme une chair violemment déchirée, déjà froide. La haute montagne se dresse, impériale, au-dessus du monde. Elle ouvre ses bras glacés et lance ses pics acérés vers le ciel. Ici règne la beauté intemporelle, sans couleurs, sans odeurs. Aucun sentiment. L’âme n’y trouve aucun repère. Il n’y a de place ici que pour l’humilité.

Sur la cime, j’aperçois les Parisiens. Ils nous ont doublés tout à l’heure en grimpant droit au travers des névés, négligeant le parcours d’arête. Dommage. Mais chapeau: ils ont la caisse, les citadins! 3593m et tout autour du puissant rocher, la magie du rêve: les Alpes entières. Il n’y a qu’à tendre la main pour toucher. Sur le versant italien, une mer de nuages étale, immense, engourdie. Seuls, quelques écheveaux débordent des crêtes. L’Italie invisible, murée, endormie. Mes compagnons d’ascension nous rejoignent. Nous nous prenons tous maintenant en photos, échangeant nos appareils, et posant pour la postérité, avec le vide ou sans le vide, le soleil dans le dos ou à contre-jour, poussez-vous par là, ou comme ça, oui, voilà. Mitraillage en règle. Sourires, excitation, remerciements. Déjà, le groupe de Parisiens redescend: il ne doivent pas rater le train de ce soir. Le sommet est redevenu silencieux. Je laisse à mon tour mes compagnons: qu’ils profitent de cet instant en tête-à-tête. Et je file sur l’arête du retour.

Plus bas, je croise un randonneur solitaire qui grimpe à vive allure en levant à peine la tête, concentré sur le terrain. Plus bas encore, j’aperçois les Parisiens qui hésitent au sommet d’un névé, ils décident finalement de rebrousser chemin pour contourner la neige, cherchant un passage dans les rochers. Bientôt, je ne les vois plus. Délaissant l’itinéraire de ce matin, je m’amuse à louvoyer entre le glacier et les névés, évitant en même temps les plaques de verglas qui persistent sur les rochers. Petits pas de désescalade par ici, grandes enjambées par là et j’atteins bientôt un vaste plateau incliné que je dévale, heureux comme un gosse. Grande solitude au milieu d’un paysage désertique. Soudain, des barres. Je me tiens débout, perché sur une immense tribune dominant une arène entièrement dallée. Deux lacs minuscules au milieu. Je dois remonter pour contourner les falaises. En face, la crête rocheuse que je gravis rapidement. Un cairn, puis un autre. Une harde de jeunes bouquetins me regarde passer sans mot dire. Et maintenant, le bonheur d’arpenter les dalles de ce matin, pareilles au dos arrondi de monstres marins figés, sorte de baleines pétrifiées, dont la tête vient mourir au-dessus d’un ravin. Au fond, vers les gazons, j’aperçois le refuge. La maison du retour. Celle qui éclaire les visages et réchauffe les cœurs au retour d’une expédition. Celle qui semble nous attendre. Chair vive au milieu du monde minéral, avec ses façades grises et élancées, percées de carreaux lumineux. Mon pas s’accélère, les linaigrettes chantent, illuminées par le soleil de midi.

En arrivant sur la rive du Lac Blanc, je tombe nez à nez avec Arnaud. Cris de surprise, rires joyeux. Il me demande si tout s’est bien passé, me lance un bravo admiratif et me raconte sa balade au col du Carro avec Vincent: un paysage vraiment merveilleux! Ses yeux en sont encore tout illuminés. Il est venu maintenant jusqu’aux lacs pour prendre quelques photos des linaigrettes en me précisant que Djeam m’attend au refuge. Ce garçon respire la gentillesse et le bonheur de vivre. Je le regarde s’éloigner en souriant, coiffé de son bob à larges bords et vêtu d’un blouson sans manches aux multiples poches et d’un pantacourt en toile claire. On dirait qu’il va à la chasse aux papillons, si ce n’est qu’il tient dans la main un gros Refllex, sans doute pour rapporter à son ami quelques clichés destinés à enrichir sa collection de fleurs de montagne.

Retour dans la vallée. En m’attendant, Djeam n’a pas chômé: elle a donné un coup de main au gardien pour nettoyer la vaisselle et faire quelques rangements, le refuge fermant aujourd’hui même. Au début, Cyril ne voulait pas. Mais il n’a pas longtemps résisté à une courtoisie aussi spontanée et Djeam en a profité pour briser définitivement la glace. Le Savoyard a perdu de sa réserve, allant même jusqu’à ouvrir quelques pans sa vie personnelle. Je l’ai retrouvé tout à coup plus détendu, comme dégrippé. Déridé, intarissable.
- Tu l’as apprivoisé, ma chérie.
Djeam rit tandis que nous dévalons le sentier sous la cascade du Montet.

Et soudain, un pincement au genou. Je reconnais aussitôt la douleur devenue familière. Je croyais ma rééducation terminée: il me faudra patienter encore. La dénivelée de descente a été trop longue: les quelques élancements que j’ai ressentis sous la Levanna n’étaient pas anodins. Je termine la randonnée en claudiquant, pareil, moi aussi, à une mécanique grippée. Je me retourne vers le sommet, bien visible du chemin carrossable: j’en avais fait le but d’une saison bien amputée. Il me le rend bien: le rocher, lancé comme une étrave, vers l’Italie, impose sa fière silhouette dans le paysage de Maurienne. Et c’est comme un baume sur ma blessure.


Alain Lutz



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