Le Tour des Fiz est une itinérance alpine très complète: falaises calcaires, alpages, lacs d’altitude, cascades et refuges se succèdent sans temps mort. Ce qui fait sa valeur, c’est qu’on peut la lire comme une grande boucle à la carte, de 2 à 4 jours selon le niveau et l’ambition. Je vais donc vous montrer quelle version choisir, quels passages méritent de l’attention et comment partir sans sous-estimer la montagne.
Une boucle à adapter à sa forme, à la météo et au temps dont on dispose
- La version en 3 jours reste, à mon sens, la plus équilibrée pour une première itinérance en refuge.
- Les variantes en 2 jours demandent déjà une vraie caisse et une bonne gestion des descentes.
- Le passage du Dérochoir est le secteur le plus engagé, avec mains courantes, câbles ou échelles selon les tronçons.
- Le bivouac est encadré dans les réserves, et certains secteurs l’interdisent totalement.
- La fenêtre la plus raisonnable va de mi-juin à fin septembre, sous réserve d’enneigement et d’orages.
Pourquoi cette boucle attire autant de randonneurs
Je l’aime parce qu’elle concentre en peu de jours ce que les Alpes françaises offrent de plus lisible: un relief très minéral du côté du plateau de Platé, des alpages plus doux vers Anterne, puis de vraies ambiances de refuge. On marche au cœur des réserves naturelles de Passy et de Sixt-Passy, avec des vues régulières sur le massif du Mont-Blanc, les Aiguilles Rouges et, par endroits, les Aravis.
Le départ le plus classique se fait à Plaine-Joux, à Passy, mais d’autres entrées existent depuis Sixt-Fer-à-Cheval. Je retiens surtout une chose: ce n’est pas une simple balade panoramique, c’est une vraie boucle d’itinérance qui devient vite exigeante si l’on ajoute du dénivelé, des descentes longues ou le passage du Dérochoir. C’est justement pour cela qu’il faut choisir la bonne version avant de réserver.

Quelle version choisir selon votre niveau
Je prends ici les ordres de grandeur publiés par l’office de tourisme de Passy-Mont-Blanc; selon la variante exacte, les chiffres bougent un peu, mais le niveau d’engagement reste très net. Le plus important n’est pas seulement la distance totale, c’est la répartition des journées et la manière dont vous encaissez les montées successives.
| Version | Distance et dénivelé | Ce que j’en pense | Pour qui |
|---|---|---|---|
| 2 jours par Alfred Wills | 32 km, 2200 m de D+ | Première journée très soutenue, seconde plus courte | Randonneurs déjà à l’aise qui veulent aller vite et porter un vrai rythme |
| 2 jours par Sales | 32 km, 2200 m de D+ | Première journée plus douce, deuxième plus longue | Ceux qui préfèrent ménager leurs jambes au début |
| 3 jours incontournable | Environ 30 km, 2200 m de D+ | Le meilleur équilibre entre effort, paysages et confort de marche | Une première itinérance en refuge bien calibrée |
| 4 jours intensif | 64,5 km, 5150 m de D+ | Volume élevé, logistique plus lourde, vraie sortie sportive | Marcheurs déjà très solides sur la durée |
Il existe aussi des variantes plus longues ou plus engagées, comme la Grande Traversée ou la Boucle des Lacs, mais je ne les conseillerais pas comme point d’entrée. Si vous hésitez entre deux formats, je choisirais presque toujours la version en 3 jours: elle évite la précipitation sans tomber dans la promenade. La suite consiste à comprendre où se nichent les vraies difficultés, parce que c’est là que la sensation de facilité peut tromper.
Les passages qui méritent une vraie attention
Le Dérochoir
C’est le passage le plus aérien de l’itinéraire. On y trouve des mains courantes, des câbles et, selon les tronçons, une ambiance de semi-escalade sur éboulis rocheux. Je le considère comme un passage à lire avec calme et à traiter plutôt à la montée qu’à la descente: on voit mieux où poser les pieds, on gère mieux l’équilibre et on évite de se faire surprendre par la fatigue dans un terrain qui ne pardonne pas les gestes brusques.
Le désert de Platé
Le plateau de Platé a quelque chose d’unique: un décor calcaire très clair, presque lunaire, avec du lapiaz, ces dalles creusées et fissurées par l’eau. Le terrain est beau, mais il demande de la vigilance, surtout par visibilité moyenne. On peut y marcher longtemps sans difficulté technique majeure, puis perdre du temps à cause d’un sol cassant, d’un balisage qu’on lit mal ou d’une vitesse naturellement plus lente qu’en vallée.
Anterne et le lac d’Anterne
La zone d’Anterne change l’ambiance. On quitte un peu le minéral pour revenir vers des alpages plus ouverts, plus réguliers, avec un vrai sentiment d’espace. C’est aussi un secteur que je trouve précieux pour récupérer mentalement: on y marche plus rondement, on respire mieux, et l’on peut reprendre une cadence propre avant la fin de boucle. Le lac d’Anterne est un bon repère de progression, pas seulement un joli point de vue.
La sortie vers le lac Vert
La fin de parcours semble souvent plus simple sur le papier, mais elle reste à traiter avec sérieux. Entre le lac Vert, le Châtelet d’Ayères et Plaine-Joux, on entre dans une zone où les règles de réserve comptent autant que l’itinéraire lui-même. C’est aussi le moment où beaucoup de randonneurs baissent la garde: jambes lourdes, envie d’en finir, petit relâchement dans les appuis. Je préfère terminer proprement que vite, surtout sur une boucle de montagne aussi variée.
Autrement dit, le bon choix de variante ne suffit pas; il faut aussi savoir lire ces sections pour ne pas transformer une belle randonnée en journée de tension inutile.
Quand partir et quand remettre le départ
La fenêtre la plus raisonnable va de mi-juin à fin septembre. Avant mi-juin, certaines portions peuvent encore être enneigées, mal équipées ou exposées à des chutes de blocs; pour moi, ce n’est pas une zone grise, c’est un vrai motif de report.
- Je reporte si un col ou un passage aérien garde de la neige résiduelle.
- Je raccourcis si les refuges annoncent un enneigement tardif ou une météo instable.
- Je pars tôt si l’orage est annoncé en fin de journée.
- Je renonce à la partie la plus exposée si le vent ou la visibilité se dégradent.
En montagne, la bonne météo du matin ne garantit rien à 15 h. Je me méfie surtout des journées chaudes suivies d’orages rapides: les pentes exposées, les dalles et les éboulis deviennent moins tolérants que d’habitude. La bonne stratégie consiste donc à partir tôt, à garder une marge et à accepter qu’un itinéraire se simplifie plutôt que de vouloir le finir coûte que coûte.
Refuges, bivouac et règles à respecter
La boucle s’appuie sur un réseau de refuges solide, ce qui change beaucoup de choses pour la préparation. Il faut cependant réserver à l’avance, surtout en haute saison, parce que dormir en refuge sans réservation sur ce type d’itinérance relève plus du hasard que de la stratégie.
Réserver les nuits
Je réserve dès que l’itinéraire est fixé. C’est la meilleure façon d’éviter de construire son parcours autour des places restantes plutôt qu’autour de la logique de marche. Les refuges structurent vraiment la sortie: Alfred Wills, Sales, Platé, Moëde-Anterne, Châtelet d’Ayères, Grenairon, Les Fonts, Lac de Gers ou encore Varan offrent des possibilités différentes selon le sens choisi et le niveau du groupe.
Le bivouac sans improvisation
Le bivouac est toléré de 19h à 9h sur la boucle, mais pas partout. Autour du Lac Vert et du Châtelet d’Ayères, il est interdit, et l’aire de Plaine-Joux reste l’option la plus simple si vous voulez dormir dehors sans vous mettre en contrainte. Plus haut, la présence d’un site de bivouac ne dispense jamais de vérifier la réglementation locale et les conditions de sol.
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Les règles des réserves et les patous
Dans les réserves naturelles, les règles sont nettes: rester sur les sentiers, repartir avec ses déchets, ne pas se baigner dans les lacs d’altitude, ne pas faire de feu, ne pas emmener de chien et ne pas survoler à basse altitude. Les chiens de protection peuvent aussi être présents; face à un patou, je m’arrête, je reste calme, je ne cours pas et je laisse le chien m’identifier sans le fixer. Ce sont des gestes simples, mais ils évitent les mauvaises rencontres et les réactions de panique.
La prochaine question, très concrète, c’est de savoir quoi mettre dans le sac pour ne pas subir ces règles et ces reliefs au lieu d’en profiter.
Le sac, l’eau et les réflexes de sécurité
On n’a pas besoin de matériel technique lourd pour cette itinérance, mais il faut du vrai matériel de montagne. J’insiste là-dessus parce que beaucoup de randonneurs confondent “accessible” et “léger”: sur cette boucle, un mauvais choix de chaussures ou une veste absente se paie vite, surtout si le temps tourne.
- Des chaussures de randonnée avec une semelle qui accroche vraiment.
- Une veste imperméable, même si la matinée part bien.
- Une couche chaude pour les soirées en refuge et les départs tôt.
- Une carte IGN ou une trace fiable hors ligne, parce que l’orientation compte davantage que sur une randonnée d’une demi-journée.
- Au moins 1,5 à 2 litres d’eau au départ, davantage sur les longues étapes ou par forte chaleur.
- Des encas denses en énergie, car les longues montées et les descentes cassent l’appétit avant de casser les jambes.
- Une frontale et une batterie externe si vous allongez les étapes.
Je me fie moins au kilométrage brut qu’au kilomètre-effort, parce qu’il reflète mieux la fatigue réelle: les montées, les descentes et la nature du terrain changent tout. Sur cette boucle, 12 km peuvent sembler modestes et devenir très sérieux avec 1000 à 1500 mètres de D+, surtout si l’on ajoute une descente longue sur jambes déjà entamées.
Si je devais résumer la préparation en une phrase, je dirais qu’il faut des chaussures fiables, de l’eau suffisante, de la marge horaire et une vraie humilité face au terrain.
Ce que je vérifierais avant de réserver
Avant de réserver le Tour des Fiz, je vérifierais d’abord la version qui correspond à ma forme réelle, pas à mon envie du moment. Ensuite, je regarderais la météo, l’enneigement et les règles exactes autour des refuges et du bivouac, parce que ce sont ces détails qui font la différence entre un beau trek et une sortie pénible.
- Choisir 3 jours si c’est une première itinérance alpine.
- Réserver les nuits avant de construire le trajet inversement.
- Écarter tout départ trop tôt dans la saison si des névés restent présents.
- Prévoir une variante de repli si le Dérochoir ou un passage aérien paraît trop engagé.
Si je pars pour la première fois sur cette boucle, je vise une version lisible, je dors en refuge et je garde du temps pour marcher proprement plutôt que pour enchaîner des kilomètres. C’est souvent la meilleure manière de profiter vraiment du paysage, et de finir la sortie avec l’envie d’y revenir.
